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Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies,
Monsieur le Président du GIEC,
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes réunis aujourd'hui pour fêter le 20ème anniversaire du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le GIEC, dans le bâtiment des Forces motrices. Cela ne pouvait pas mieux tomber : le GIEC est le moteur de la politique climatique. C'est grâce au travail de ces experts que la Convention de l'ONU sur les changements climatiques a vu le jour et qu'est né le protocole de Kyoto.
Les rapports du GIEC sont autant de « forces motrices » qui nous permettent de lutter contre le réchauffement de la planète.
Un moteur, aujourd'hui encore, marche surtout au pétrole et rejette du carbone. Le moteur du GIEC, lui, a la raison pour essence ; des chiffres et des diagrammes pour émissions.
Nous avons besoin de cette sobriété.
Dans ce contexte, nous avons besoin, plus que jamais, d'un moteur qui marche à la Raison plutôt qu'à l'éveil des instincts égoïstes et archaïques qui sommeillent en chacun de nous. Nous devons tenir compte des chiffres qui mesurent les changements climatiques. Parce qu'il est contraire à toute raison de continuer à réchauffer la planète et d'en subir les dégâts. Parce que le prix à payer, humain et financier, pour les générations futures est beaucoup trop élevé.
Intérêt général
A l'enfant, on apprend petit à petit que son égoïsme naturel et son envie de liberté a des limites: celles de ses parents, de ses camarades, de son environnement. Au citoyen, il s'agit de montrer que ses actes ont des conséquences. Des conséquences dont on ne vient pas à bout avec sensiblerie et comportement infantile. Récemment, un père de famille m'a écrit: « Je fais quelque chose contre le changement climatique. Je suis allé voir l'ours polaire Knut avec mes enfants au zoo de Berlin. » Ah, si nous pouvions sauver le monde par une simple visite au zoo ! Celui qui veut prendre ses responsabilités sait qu'il en faut un peu plus.
Indépendance
Pour trouver des réponses raisonnables à une réalité comme celle du réchauffement climatique, les Etats ont besoin d'informations fiables, de données sérieuses, objectives, venant de sources les plus indépendantes possible. Une institution comme le GIEC a donc besoin d'appuis financiers importants. Elle a aussi besoin de temps pour examiner les données scientifiques, parce que leur analyse est complexe. Du temps et de l'indépendance, ce sont des nécessités pour faire face aux études financées par des entreprises qui poursuivent leurs intérêts particuliers.
Le pari de Pascal
J'aimerais rappeler une démonstration philosophique. Elle nous vient d'un scientifique justement : un mathématicien, physicien et philosophe qui travaillerait sans doute pour le GIEC s'il vivait aujourd'hui, Blaise Pascal. Le thème n'en était pas le climat, mais l'existence de Dieu.
Pascal écrivit en substance: si je crois que Dieu existe et que je vis selon ses commandements, je ne trompe pas, je ne vole pas. Qu'est-ce que je perds si Dieu n'existe pas ? Rien !
Mais si je crois qu'il n'existe pas et que je ne vis pas selon ses commandements, je trompe et je vole. Et si Dieu existe quand même ? Je perds tout et je vais en enfer.
On peut appliquer le pari de Pascal à l'environnement. Si - contrairement à ce qu'affirme une immense majorité de chercheurs -, les émissions de CO2 causées par l'homme n'étaient pas à l'origine du réchauffement climatique, est-ce qu'il serait si grave de réduire le CO2 ?
Bref, à réduire nos émissions de CO2, nous ne perdons rien. Et si l'homme est effectivement à l'origine du réchauffement - ce dont je suis persuadé - nous gagnons tout. Nous limitons les dégâts. Réduisons nos émissions autant que possible afin de préserver ce paradis qu'est la Terre!
J'ai donc de l'espoir. D'autant plus que nous avons de nombreux héritiers des « Lumières » parmi nous, par exemple tous les chercheurs qui travaillent depuis de nombreuses années à l'élaboration des rapports du GIEC.
D'ailleurs, la Suisse serait très honorée si l'un d'eux, le professeur Thomas Stocker, directeur de l'Institut du climat et de la physique de l'environnement de l'Université de Berne, pouvait prendre davantage de responsabilités au sein du GIEC. Mon pays soutient donc sa candidature à la coprésidence du groupe de travail du GIEC consacré aux aspects scientifiques. Monsieur Stocker et l'Université de Berne, entre autres travaux, forent les glaces du Groenland, analysent les carottes de glaces ainsi obtenues et reconstruisent le climat du dernier millénaire.
Lumières plutôt qu'émotions
Pourtant, les seuls résultats scientifiques ne suffisent pas. Le GIEC le sait bien et il agit en conséquence. C'est pourquoi j'aimerais le remercier aussi pour son engagement citoyen. Comme un citoyen responsable qui s'engage dans son pays pour l'intérêt public, le GIEC s'engage dans le monde entier. Parce qu'il ne suffit pas d'obtenir des résultats, il faut encore les rendre publics, partout. Le message doit atteindre tous les preneurs de décision. Cela veut dire expliquer, éclairer, communiquer. Je le sais bien, je suis ministre de la communication. Et je vis dans une démocratie directe où chaque citoyen doit être convaincu.
Le travail conséquent de mise en lumière et d'explication du GIEC nous donne de l'espoir, celui de pouvoir lutter contre le réchauffement climatique. Tous, nous voulons faire tout notre possible pour y parvenir. Et, sur ce chemin, nous sommes guidés par le moteur qu'est le GIEC qui, depuis vingt ans, oppose aux émissions et aux émotions : la raison des Lumières et l'engagement.
C'est pourquoi la Suisse est très fière de pouvoir célébrer l'anniversaire de ce citoyen du monde : le GIEC.