Balade estivale: Rösti se fait huer et conspuer lors de sa course d’école (24 heures, 01.07.2026)
En goguette à Lucerne, le Bernois voulait faire le point sur ses dossiers prioritaires. Il a d’abord dû affronter les quolibets et éviter les confettis.
24 heures, 01.07.2026
Florent Quiquerez
Chaotique. C’est le mot avec lequel on pourrait résumer la course d’école d’Albert Rösti ce mercredi. Après Kandersteg (BE), puis le Moléson (FR), le conseiller fédéral avait choisi Lucerne pour échanger avec les médias. Mais la balade jusqu’au Musée des transports ne s’est pas passée comme prévu…
Une vingtaine de manifestants l’attendaient à la sortie de la gare. Ces derniers l’ont invectivé pour son inaction climatique. «Rösti, Rösti, nous ne te laisserons pas nous rôtir.» Sifflet à la bouche, ils lui ont ensuite lancé des confettis. Le ministre, lui, a gardé son calme tout du long.
Interrogée sur l’agressivité de cette action, qui semble la rendre contreproductive, une manifestante nous rétorque: «Vous n’êtes pas morts de chaud ces derniers jours? Alors qu’on court vers la catastrophe, Albert Rösti veut construire des autoroutes. On ne se laissera pas voler notre futur.»
Soudain, un violent orage éclate
S’il n’y a pas eu de grabuge, des renforts sécuritaires ont toutefois été rameutés. Et comme pour clôturer cette séquence déjà tendue, un violent orage a encore éclaté alors qu’Albert Rösti arrivait au musée. Protégé de la pluie – et des manifestants – le Bernois a ensuite pu reprendre le cours de sa journée.
Voit-il dans ces réactions hostiles la conséquence des changements menés au pas de charge depuis qu’il est à la tête du DETEC (environnement, transports, énergie, communication)? «Je ne crois pas que ce soit en lien avec certaines de mes actions concrètes, répond Albert Rösti. Il s’agit d’un groupe d’activistes. Ce genre de situation n’est pas très agréable, mais c’est l’expression de la démocratie.»
Et d’insister sur le fond. «Dire que je freine la politique climatique, c’est faux. J’ai fait voter et mis en œuvre la loi sur le climat et l’innovation. Et nous préparons déjà une nouvelle législation pour 2030-2040. À chaque conférence internationale, je plaide pour que chaque pays fasse sa part. La Suisse doit être exemplaire, mais elle ne peut pas réussir seule face au changement climatique.»
L’empreinte de Rösti au DETEC
À Lucerne, les éclairs et les bourrasques ont laissé place à une pluie fine. Mais les polémiques, elles, demeurent. Outre la politique climatique, on pense à la politique énergétique. Le retour du nucléaire en particulier.
La veille de l’excursion, une alliance allant de la gauche aux Vert’libéraux en passant par des élus du Centre a lancé un référendum contre le projet de lever l’interdiction de construire des centrales. La votation qui devrait avoir lieu début 2027 sera chaude.
Loin des invectives des activistes, certains parlementaires s’inquiètent de l’empreinte qu’Albert Rösti est en train de laisser au DETEC. «On sent qu’il veut aller le plus vite possible sur certains dossiers, réagit Martine Docourt (PS/NE). Et il n’hésite pas à contourner la volonté populaire en passant par voie d’ordonnances, comme sur le loup, ou la réduction de la redevance SSR.»
Elle ajoute le nucléaire à la liste. «En concoctant un contre-projet qui est la copie conforme de l’initiative «Stop au blackout», il nous oblige à lancer le référendum et s’épargne la nécessité d’avoir une double majorité pour l’emporter dans les urnes.»
Ce qui la préoccupe surtout, c’est qu’il arrive à être soutenu par des élus du Centre et du PLR. «J’aimerais le voir aussi convaincant sur la politique climatique de la Suisse. Malheureusement, il a plutôt tendance à l’affaiblir.»
Du côté de l’UDC, parti du Bernois, on salue au contraire le travail fourni en à peine trois ans. «Ce qui m’impressionne, c’est sa volonté de vouloir réformer le DETEC en profondeur, après des années de mainmise de la gauche, réagit Nicolas Kolly (UDC/FR). Il a réussi sur la gestion du loup, sur la baisse de la redevance, sur la politique des transports et maintenant sur le nucléaire.»
Il ajoute: «Sur ce dossier, il a su convaincre le Conseil fédéral, le Conseil des États, puis le Conseil national d’effectuer un virage à 180 degrés, c’est remarquable.» Risque-t-il sa crédibilité s’il perd en votation? «Je ne pense pas, car c’est un dossier particulièrement sensible. Par contre, s’il l’emporte, il marquera d’une pierre blanche son passage au DETEC.»
L’obstacle du peuple sur le nucléaire
Pour Albert Rösti, l’écueil du peuple reste l’obstacle le plus grand à franchir. Car jusqu’ici, le Bernois l’a souvent emporté en votation lorsqu’il avait la gauche avec lui (initiative sur la SSR et loi climat). Mais il a perdu lorsqu’il l’avait contre lui (extension des autoroutes).
Ce même principe se reproduira-t-il sur le nucléaire? «On ne peut pas tirer de parallèle, répond Simone de Montmollin (PLR/GE). Pour certains partis, à gauche, le nucléaire est une question de principe, un combat idéologique. Mais on sent bien qu’au sein de la population, les mentalités évoluent et qu’on s’éloigne de cette logique partisane: il s’agit de notre sécurité d’approvisionnement.»
Reste que ses détracteurs joueront sur l’accusation «Rösti, lobbyiste de l’atome», comme ils l’avaient fait sur les autoroutes, en le dépeignant comme un lobbyiste de l’automobile. «C’est surtout un procès d’intention, réagit la Genevoise. Aujourd’hui, personne ne dit qu’il faut du nucléaire pour remplacer les renouvelables. Au contraire. Et une récente étude de l’EPFZ le confirme, nous aurons besoin des deux pour assurer l’approvisionnement énergétique du pays. C’est un message que porte aussi Albert Rösti.»
Retour à Lucerne, où c’est un Albert Rösti plus détendu qui s’exprime. Ne craint-il pas un débat explosif sur le nucléaire, à l’image de ce qui s’est passé plus tôt sur le climat? «La campagne sera compliquée. En tant que ministre de l’Énergie, je dois assurer l’approvisionnement du pays, et je suis convaincu que le nucléaire doit en faire partie. Notamment parce que les projets hydrauliques, éoliens ou solaires sont freinés, souvent par les mêmes activistes que ceux que nous avons vus aujourd’hui.»
Comme pour boucler la boucle, il ajoute: «Le nucléaire peut nous assurer l’électricité dont nous aurons besoin pour réduire les énergies fossiles, qui contribuent au réchauffement du climat. Mais si le peuple dit non, j’en prendrai acte.»