Balade estivale: Lucerne. Le climat en veut à Albert Rösti (La Liberté, 01.07.2026)
Pour sa balade estivale, le conseiller fédéral a dû affronter la pluie et les activistes du climat.
La Liberté, 01.07.2026
Philippe Castella
«C’est chaque année la même chose», se plaint Franziska Ingold, la cheffe de communication d’Albert Rösti. Par la fenêtre du train qui emmène mercredi le ministre des Transports et de nombreux journalistes de Berne à Lucerne pour sa balade estivale, on peut voir les nuages noirs s’amonceler, signe annonciateur d’un orage qui va éclater, après des jours et des jours de canicule.
Il y a un an, c’est au sommet du Moléson, par un froid de canard et au milieu des nuages que le conseiller fédéral a accueilli les médias. Impossible d’y voir sa maison… Et il y a deux ans, le temps était maussade aussi pour sa première escapade, dans son Oberland bernois natal, à Kandersteg.
Les cieux sont-ils fâchés contre le ministre du climat? Ou est-ce encore un trait d’habileté de la part de cette figure de proue de l’UDC pour échapper aux questions dérangeantes sur le réchauffement climatique? Si c’est le cas, c’est râpé, sans mauvais jeu de mots…
Un accueil aux confettis
Un comité d’une quinzaine d’activistes du climat l’attendait en effet à la gare de Lucerne et l’a copieusement sifflé tout au long de la balade à pied le long du lac des Quatre-Cantons jusqu’au Musée des transports. Ils lui ont aussi lancé des confettis et scandé des slogans hostiles, du genre: «Rösti, on ne va pas se laisser rôtir!»
Le Bernois a tenté de faire bonne figure face à ces encombrants visiteurs. «Je ne suis pas toujours bien accueilli», reconnaît-il. «C’est là un signe que notre démocratie directe est bien vivante. On peut donner son opinion directement auprès d’un conseiller fédéral, sans être arrêté. La police était là, mais seulement pour regarder que tout se passe bien.»
Le service d’ordre a tout de même été très vite renforcé. Tout s’est déroulé sans anicroche, malgré un climat tendu. «Je suis souvent au milieu de la population», poursuit Albert Rösti. «Et il y a toujours beaucoup de réactions. La plupart sont positives et, parfois, certaines sont négatives. C’est ainsi.»
De l’agacement tout de même
Philosophe, il analyse: «Les thèmes de mon département préoccupent la population. Peut-être était-ce là aussi la voix de beaucoup de personnes qui ont peur maintenant de ces vagues de chaleur. Je peux absolument le comprendre. Ils ne sont sans doute pas au courant de tout ce qu’on fait pour réduire le recours aux énergies fossiles.» C’est dans cette catégorie que le ministre range d’ailleurs la décision d’autoriser la construction de nouvelles centrales nucléaires. Pas sûr que cet élément soit de nature à apaiser les manifestants toutefois…
Lui aussi a du mal à cacher un certain agacement: «Pour être honnête, il y a des choses plus agréables que de recevoir des confettis dans la figure pendant qu’on donne des interviews. Mais je l’accepte. Comme conseiller fédéral, je ne peux pas écouter que les gens qui me félicitent.»
Pour raccourcir l’épreuve, il a accéléré le pas. Bien lui en a pris d’ailleurs, car cela a permis à toute la troupe qui l’entourait d’éviter le gros de l’orage. Au Musée des transports ensuite, il s’est offert quelques compensations, sous la forme de selfies en compagnie de jeunes visiteurs réjouis d’y croiser une figure connue. Parmi eux, une classe d’élèves alémaniques fribourgeois.
Si comme tout politicien qui se respecte, Albert Rösti apprécie les bains de foule plus que les averses et les confettis, il a toujours en vue l’action politique. Le choix de Lucerne et du Musée des transports pour sa balade estivale avait une forte portée symbolique.
Un ministre à la manœuvre
Il y a deux semaines, le Conseil fédéral a mis en consultation son projet Transports’45, qui fixe les grandes lignes de l’aménagement du rail et de la route jusqu’en 2045. En combinant ainsi transports publics et individuels, le ministre tente de tirer les leçons du cuisant échec il y a deux ans en votation populaire du projet d’extension des autoroutes (52,7% de non). Les Verts, eux, voient là surtout une manœuvre pour outrepasser la décision populaire et ressusciter les projets autoroutiers.
Le paquet présenté a également reçu un accueil glacial de la part des ministres romands des transports et de l’Association OuestRail. Albert Rösti se défend d’avoir délaissé la Suisse romande: «Si on prend les travaux prévus à la gare de Lausanne, à celle de Genève, ainsi que l’aménagement du trajet Morges-Perroy, cela représente 7 milliards de francs. Et il faut y ajouter la ligne directe entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds pour 400 millions sur un total de 24 milliards.»
Aux yeux du Bernois, «on ne peut pas dire que ce projet n’est pas équitable envers la Suisse romande». Il défend aussi le report du projet Morges-Perroy après 2031: «Il est pleinement intégré dans le paquet Transports’45. Mais on ne peut pas mener les travaux en même temps que ceux aux gares de Lausanne et de Genève.»
Fribourg devra attendre
Le conseiller fédéral bat sa coulpe sur un point tout de même, et cela concerne Fribourg: «On espérait présenter un projet pour la ligne entre Lausanne et Berne. Mais là, notre expert ainsi que mon office ont dit qu’on n’avait pas de projet concret à mettre en œuvre.» Dans ce cadre, Albert Rösti évoque aussi l’abandon de l’idée de trains à compensation de roulis (WAKO), dans le but d’accélérer les temps de parcours, mais qui se sont révélés défaillants.
Pour cette ligne, il faudra patienter: «Il faut être honnête», admet le ministre. «L’horizon se situe au-delà de 2045. On doit d’abord mener des études pour voir ce qu’on peut faire et financer. On est vraiment au début du processus, je dois l’avouer. C’est un point négatif que je reconnais.»