Principes de la politique de développement territorial: «Aménagement du territoire et biodiversité sont étroitement liés»

Terre & Nature, le 12 avril 2012

Pourquoi avoir fait de l'aménagement du territoire le thème de votre conférence au Congrès NATURE de Bâle ? Y a-t-il un parallèle avec le résultat de la votation sur les résidences secondaires ?

C'est bien avant la votation sur l'initiative sur les résidences secondaires que ma participation au congrès Nature a été décidée et que la question de l'aménagement du territoire a été mise à l'ordre du jour. C'est donc une pure coïncidence, mais qui me réjouit, puisque, depuis quelque temps, l'aménagement du territoire revient au cœur du débat politique en Suisse. Que les milieux politiques s'y intéressent est une bonne chose, car notre politique territoriale est appelée à devenir un instrument stratégique de toute notre politique en matière d'infrastructure. Nous sommes confrontés au problème de savoir comment aménager l'espace de vie en diminution et gérer les exigences croissantes posées à cet espace. L'aménagement du territoire peut ici jouer un rôle clé en identifiant les conflits d'objectifs, en pesant les intérêts et en proposant des solutions.

L'aménagement du territoire a un impact considérable sur la situation de l'environnement et en particulier sur la biodiversité, qui pâtit de la réduction ou de la destruction des habitats. Comment se fait-il que nous ne parvenions pas à freiner cette érosion ?

La disparition d'espèces végétales et animales ainsi que d'habitats en réseau est un sérieux problème, car la biodiversité est le fondement même de notre vie entière. Nous nous sommes engagés à freiner cette évolution dans des accords internationaux. C'est aussi un devoir que nous avons vis-à-vis des générations à venir. Le Conseil fédéral adoptera ainsi prochainement une stratégie de la biodiversité qui fixera des objectifs clairs dans tous les domaines de la société, de l'économie et de la politique. La biodiversité est d'ailleurs l'un des thèmes fondamentaux de la révision en cours de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire que le Parlement adoptera vraisemblablement durant la session d'été à titre de contre-projet indirect à l'initiative pour le paysage.

La Suisse veut sortir du nucléaire, mais les énergies renouvelables ne progressent pas de façon spectaculaire. L'éolien fait l'objet de vives oppositions. Comment imaginez-vous la sortie du nucléaire, dont nous dépendons à 40% ? Peut-on encore augmenter la capacité de production des barrages ?

Le Conseil fédéral est convaincu qu'un abandon progressif de l'énergie nucléaire est réalisable dans des conditions économiques acceptables. Toutefois, l'exploitation d'énergies renouvelables prend du temps et des conflits d'objectifs apparaissent. Le besoin de produire de l'énergie s'oppose à la protection de la nature; un compromis doit être trouvé. Pour déterminer les sites ou les terrains qui conviennent - par exemple pour des éoliennes -, nous envisageons de régler les conflits par des plans sectoriels ou des plans directeurs cantonaux.

L'aménagement du territoire est souvent du ressort des cantons. Ne doit-on pas envisager une planification nationale, qui soit plus à même de garantir un développement équilibré des projets, notamment dans le domaine de l'énergie ?

Selon la Constitution fédérale, les cantons sont responsables de l'aménagement du territoire. Cela ne devrait toutefois pas nous empêcher de collaborer. Les procédures doivent être simplifiées, concentrées et harmonisées. Il nous faut apprendre à penser en termes de nouveaux espaces. C'est aussi l'objectif du Projet de territoire Suisse que les communes, les villes, les cantons et la Confédération soutiennent. Il devrait fournir une vue d'ensemble à toutes les personnes impliquées dans l'aménagement.

L'urbanisation avance au détriment des espaces naturels. On ne peut évoquer l'aménagement du territoire sans parler du paysage. La décision de réduire la taille des zones à bâtir surdimensionnées stoppera-t-elle l'étalement urbain ?

La révision en cours de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire devrait permettre de freiner le morcellement du territoire. Une planification directrice cantonale devra impérativement être définie sur la base des besoins des quinze prochaines années. La Confédération devrait dorénavant disposer ici de critères d'autorisation plus stricts. Il sera ainsi possible d'adapter des zones à bâtir trop étendues, voire d'en empêcher la formation.

Quid de la mobilité ? L'étalement urbain a des conséquences sur le trafic, sur la pollution et sur la hausse des émissions de CO2. Faut-il densifier les villes ? Jusqu'où peut-on le faire ?

Nos besoins en matière d'espace et de mobilité ne peuvent guère être restreints par des lois. Mais nous pouvons les gérer plus intelligemment. Les constructions ne devraient plus s'étaler dans le paysage, mais se développer vers l'intérieur et en hauteur. C'est ce que demande la Confédération par exemple dans les projets d'agglomération. La densification des constructions est un élément important. En même temps, nous voulons améliorer la qualité du milieu bâti. Car il ne sert à rien d'utiliser mieux le sol si les habitants ne peuvent plus s'identifier à leur quartier. Par ailleurs, nous devrions construire dans des lieux déjà desservis par des réseaux de transport et accessibles à pied et à bicyclette. Dans les zones rurales, la voiture restera sans doute le principal moyen de transport.

Mais ce développement a forcément une limite, qui sera peut-être démographique. Nous sommes actuellement presque 8 millions et nous avons de nombreux problèmes que nous n'arrivons pas à résoudre. Jusqu'où peut-on aller ?

Le développement territorial tient compte de l'évolution démographique. Actuellement, près de 7% de la superficie de la Suisse sont destinés aux espaces construits. Toutefois, le débat public se limite malheureusement le plus souvent à l'immigration, qui, de surcroît, est mise en relation avec la libre circulation des personnes. On oublie ici notamment le nombre croissant des personnes âgées qui a aussi des répercussions sur l'urbanisme. L'aménagement du territoire doit encore tenir compte de la consommation croissante de surface habitable puisque celle-ci va à l'encontre des efforts visant à limiter la surface aménagée en faveur des terres agricoles et du paysage. En 1980, une personne occupait 34 m2, aujourd'hui elle en occupe quelque 48. Ensemble, ces causes "maison" de la consommation du sol jouent un plus grand rôle que l'immigration.

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