Révisions de la loi sur l’aménagement du territoire: «La LAT permettra à chaque canton de se développer, en préservant l'avenir»

24heures, le 23 février 2013

Les sondages montrent que la LAT ne convainc pas encore une majorité de Romands. Comment l'expliquez-vous ?

Les cantons romands connaissent des situations très différentes. Si la LAT ne passait pas, Genève pourrait avoir un sérieux problème. L'initiative sur le paysage constituerait un blocage à son développement. En Valais, c'est la situation inverse. A Fribourg les milieux agricoles ont tout à gagner à convaincre leurs concitoyens. Le canton de Vaud a fait son travail et sa planification est faite : il a largement assez de terrains. Les milieux immobiliers qui mènent campagne pour le non ont des intérêts importants. Mais peuvent-ils garantir que ces terrains seront acquis aussi par des Suisses et qu'il en restera encore assez dans soixante ans pour nos enfants ? Ou est-ce que le sol sera vendu à des propriétaires fortunés ?

Il est déjà coûteux de construire ou de se loger en Suisse. Pouvez-vous garantir que cette loi ne va pas aggraver les choses?

La révision de la loi permet de créer de nouvelles zones à bâtir là où un besoin existe. Les déclassements, eux, n'auront lieu que là où la demande pour de grandes zones est faible, voire inexistante. De ce fait, la révision ne va pas engendrer de hausse des prix. Par contre, cela coûtera plus cher si l'on continue de construire comme aujourd'hui: loin du centre de la commune, ou en anticipant les besoins sur quarante ans, ou en ne bâtissant qu'à l'horizontale. En quelques générations, on pourrait couvrir la Suisse de bâtiments et il n'y aurait plus assez de terrains pour les générations suivantes. C'est précisément ce que cette loi nous aidera à éviter.

Vous contestez l'estimation des terrains à déclasser avancée par les opposants (18800 hectares). Mais pourquoi n'avez-vous pas formulé de chiffres récents?

On aurait accusé la Confédération de vouloir imposer des chiffres, alors qu'il revient aux cantons de faire ces estimations. Cette loi sera un travail fédéraliste. On n'a pas les mêmes besoins à Lugano que dans la vallée de Joux ; une application différenciée des principes fixés s'impose. L'évolution démographique et les formes d'habitat sont différentes pour chaque région. Chaque commune n'aura pas le même développement. Il reviendra aux cantons de trouver une manière de faire adaptée à chaque situation concrète.

Comprenez-vous la colère du Valais après le coup de massue de l'initiative Weber?

Oui je la comprends. Je vous rappelle que le Conseil fédéral n'était pas en faveur de l'initiative Weber. C'était une décision du souverain. Je peux admettre que la proximité dans le temps de ces décisions pose problème. Mais il y a eu des erreurs d'aménagement en Valais et beaucoup de responsables l'avouent. J'ai l'intention d'être pragmatique et de chercher des solutions, mais on ne pourra pas faire d'exception pour un canton. Il n'y a qu'une seule Suisse et la loi doit s'appliquer partout.

N'est-ce pas les tribunaux qui risquent une nouvelle fois de prendre les décisions à la place des politiques?

Non, la seule question qui risque vraiment de faire débat sera la valeur de l'indemnisation d'un propriétaire en cas de dézonage. J'estime qu'il est juste qu'un propriétaire puisse se défendre en cas de désaccord avec le calcul des autorités. Le recours en justice fait partie de nos lois démocratiques. Et il faut souligner que 4 à 6 cantons seulement sont concernés par le dézonage. Je ne crois pas qu'il y aura des milliers de cas.

N'avez-vous pas peur que le fossé entre villes et campagnes ne se creuse davantage avec cette loi ?

Il sera important de continuer à soutenir un développement dans toute la Suisse. Des millions sont investis chaque année pour permettre à toutes les régions de se développer, notamment avec les infrastructures, la route et le rail, ou le tourisme. Il faudra continuer, car il est important de trouver dans chaque région non seulement des logements mais aussi des places de travail. Et la LAT permettra à chaque canton de se développer, mais en tenant compte des besoins en terrain à l'horizon d'une génération.

Votre parti, le PDC, approuve la révision. Mais certaines sections et votre président ne vous ont pas suivie. A quoi attribuez-vous cette absence de soutien ?

Je le comprends comme une réaction normale dans des régions qui pourraient être touchées par le dézonage, comme le Tessin, le Valais ou le Jura. Je comprends parfaitement que les citoyens de ces cantons défendent des intérêts régionaux au détriment de la politique nationale. Ces réactions peuvent être plus fortes que l'appartenance à un parti politique. J'observe aussi que le PLR suisse est opposé à la loi, mais la moitié de ses sections cantonales soutiennent la LAT.

En obligeant les collectivités à dézoner l'équivalent de toute nouvelle mise en zone pendant le moratoire de cinq ans, ne pénalise-t-on pas les régions qui ont fait une gestion sérieuse?

Il n'y a qu'en Suisse romande que l'on brandit ce genre de craintes! En Suisse, il y a des réserves pour 1,7 million de personnes. C'est plus ou moins 20% des zones à bâtir non construites. Il y a donc suffisamment de terrains pour cinq ans. Pensez-vous qu'un canton qui serait à la limite n'aurait pas fait réviser suffisamment tôt son plan directeur et ses plans d'affectation ? Je n'en connais aucun dans ce cas.

Le mérite principal de cette révision n'est-il pas d'éviter le pire en repoussant l'Initiative sur le paysage de Pro Natura ?

L'initiative aurait entraîné un sérieux problème en bloquant les zones à bâtir pour vingt ans. Mais même sans elle je suis convaincue que la révision de la LAT est nécessaire. Il faut changer notre manière de gérer le territoire. La croissance n'est plus possible sans la qualité. Le défi est de concilier croissance avec durabilité et qualité de vie parce que nos ressources ne sont pas illimitées. La LAT est un des instruments qui le permettent.

Après le succès de la Lex Weber craignez-vous que d'autres initiatives radicales en faveur du paysage ne passent la rampe?

Oui, et pas seulement sur le paysage, nous en avons l'illustration avec l'initiative Minder. Même un texte qu'une majorité politique s'accorde à trouver exagéré a des chances si rien n'a été entrepris avant contre les abus. Si le pouvoir politique ne réagit pas face à ce qui choque les citoyens, nous courrons le risque d'avoir de plus en plus d'initiatives de ce genre. Des textes qui veulent «donner un signal» mais qui seront difficilement applicables.

Ces initiatives un peu extrêmes constituent-elles des chances d'agir pour le Conseil fédéral et les Chambres?

Oui. On le voit dans le domaine de la santé. Toutes les révisions ont été bloquées soit par le parlement, soit en votation. Alors on se retrouve dans une situation difficile, où les coûts de la santé et les primes maladies augmentent chaque année. Du coup toutes les initiatives qui n'apportent que des solutions partielles mais font des promesses ont une chance de convaincre. C'est dangereux pour une démocratie comme la nôtre lorsque le citoyen commence à réagir sur des principes et qu'il n'examine plus en détail les initiatives et leurs effets. Pour moi la crédibilité des politiques est bonne lorsque les différents pouvoirs se mettent d'accord pour travailler à temps sur des réformes.

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