Principes de la politique des transports: «Le CEVA est important pour toute la Suisse romande»

Tribune de Genève, le 19 mars 2014

Que représente pour le réseau national des CFF la création de la liaison CEVA ?

Le CEVA sera non seulement important pour Genève, mais pour toute la Suisse romande et la France voisine. C'est une solution attractive qui profitera à la population locale, aux frontaliers mais aussi aux touristes. Je suis satisfaite d'avoir trouvé une solution bilatérale avec la France. Cela démontre que c'est possible, même si cela prend du temps. Le CEVA démontre l'importance du cofinancement par la Confédération des projets liés au trafic d'agglomération. Un canton ne peut pas financer seul de telles infrastructures. C'est pour cela que le Conseil fédéral a l'intention de poursuivre cette approche à l'avenir.

Le CEVA aura mis plus de quinze ans à se réaliser, pourtant il figurait dans les projets urgents. N'est-ce pas trop long ?

Le système suisse est ainsi fait. Il prévoit l'implication de tous les échelons. Les citoyens ont le droit de faire opposition et nous devons respecter les procédures. La durée permet aussi de renforcer l'acceptance et la « légitimité » des projets en tenant compte des différents intérêts. Nous devons vivre avec ces délais, même si les besoins en mobilité augmentent à un rythme rapide.

Le paquet d'investissements ferroviaire (FAIF) a été accepté par le peuple, mais l'agrandissement des gares de Lausanne et de Genève prendra du temps. Comprenez-vous l'impatience des usagers ?

Oui, la situation est identique. Le FAIF est sur les rails et les crédits ont été adoptés au Parlement. La mise en œuvre, elle, prendra du temps. Prenez le cas de la gare de Cornavin et toutes les discussions avec les riverains. Mais il n'est pas question de « passer en force ». Ce n'est pas dans nos mœurs.

Après le rail, la route. Vous demandez une augmentation du prix de l'essence pour financer de nouvelles infrastructures, alors que les Suisses viennent de dire non à la vignette. Pourquoi si vite ?

Depuis 2010, nous savons que nous allons au-devant de problèmes pour financer l'infrastructure routière. A la fin de 2017, les réserves seront pratiquement épuisées. Il fallait réagir vite. S'il faut retenir une leçon, c'est bien la nécessité d'adapter les recettes au renchérissement. Une hausse modérée à intervalles réguliers est mieux acceptée. Notre problème aujourd'hui, c'est le rattrapage. C'est pourquoi une hausse du prix de l'essence par étapes est une piste à suivre.

Justement, le choc va être brutal : plus 15 centimes sur le prix de l'essence. N'est-ce pas suicidaire ?

Je ne crois pas. Le projet de la vignette était directement lié à la reprise par la Confédération de 400 kilomètres de routes cantonales. Le fonds routier (FORTA) que nous venons de mettre en consultation doit permettre le financement de la suppression des goulets d'étranglement et de la réalisation des projets d'agglomération. Ce sont des projets concrets qui répondent à des besoins. Comme pour le FAIF, nous pourrons ainsi expliquer les avantages qui en découlent pour la population et montrer où sera investi l'argent.

Peut-on marchander cette hausse à 8 ou 5 centimes ?

La hauteur des investissements à réaliser détermine les fonds à trouver. On pourrait envisager d'avancer en plusieurs étapes et d'étaler la hausse dans le temps. Mais cela dépendra du calendrier de réalisation des projets. Nous allons d'abord examiner les résultats de la consultation et les souhaits de toutes les régions. Il faudra que chacun se montre pragmatique. Sinon il faudra chercher des ressources supplémentaires ailleurs ou alors repousser dans le temps certains projets. Les moyens à disposition permettent d'entretenir le réseau actuel des routes nationales mais ne suffisent pas pour supprimer d'autres goulets d'étranglement.

Reste que c'est une charge supplémentaire importante pour les usagers de la route.

J'ai eu une discussion avec mon père. Il m'a rappelé sa fierté au moment de pouvoir acquérir sa première voiture. Celle-ci consommait le double d'essence aux 100 kilomètres par rapport à aujourd'hui et il payait déjà 30 centimes de taxe par litre, une taxe qui n'a pas bougé en quarante ans. En valeur réelle, il payait donc quatre fois plus qu'aujourd'hui. Les coûts de la voiture sont aujourd'hui moins élevés que ceux qui figuraient dans le budget de nos parents. On peut expliquer au citoyen que le prix qu'il paie à la colonne n'est pas excessif.

Cette hausse de l'essence a-t-elle une chance face à l'initiative «Vache à lait»?

Cette initiative ne résout pas le problème financier car elle veut prendre l'argent dans la caisse de la Confédération pour le mettre dans la caisse de la route. La moitié de la taxe sur les huiles minérales finance des tâches générales de la Confédération. Accepter cette initiative, c'est amputer le budget de la Confédération de 1,5 milliard par an. Il faudrait alors économiser ou trouver d'autres ressources. Pour soulager les usagers de la route, le Conseil fédéral a proposé de transférer dans le FORTA 400 millions de la taxe d'importation sur les véhicules.

Etes-vous prête à rediscuter du mécanisme de financement de la route ?

Une ristourne de 400 millions représente la limite supérieure. J'attends d'éventuelles autres idées. J'espère que nous pourrons sortir un peu des visions partisanes et avoir une vue d'ensemble. Les infrastructures sont tellement importantes pour ce pays. Et nous devons faire face à un besoin croissant de mobilité.

Pensez-vous qu'il sera facile de convaincre les usagers de la route de continuer à payer pour les autres ?

Défendre l'idée que chacun ne doit payer que pour ce qui le concerne directement, c'est jouer avec la cohésion nationale. Pourquoi alors les citoyens sans enfants devraient-ils contribuer aux dépenses de formation? Pourquoi ceux qui n'achètent pas de produits suisses devraient-ils subventionner l'agriculture? La fiscalité repose sur une certaine forme de solidarité, qui est fondamentale et touche l'ensemble de la communauté. Le fait que la Suisse dispose de bonnes infrastructures de transport profite à chacun.

Ne craignez-vous pas que le Parlement, comme pour FAIF, rajoute de nouveaux projets ?

Ce risque est permanent pour ce qui est des infrastructures de transport. Chaque canton défend ses projets, ses priorités locales. Il est compréhensible que la population veuille un maximum de nouvelles infrastructures, mais il faut aussi que les hausses de prix restent supportables en regard du budget d'une famille. Et connaissant la sensibilité des milieux routiers, il faudra aussi être attentif au fait qu'une partie des usagers ne veut tout simplement pas payer davantage.

Hausse de la vignette, hausse de l'essence... N'est-ce pas difficile d'être la ministre des augmentations ?

Je ne suis pas élue pour plaire à la population ni pour me contenter d'administrer. Je crois que la population attend du Conseil fédéral qu'il anticipe les besoins. Il faut réagir aux évolutions et investir, même si c'est impopulaire. Mon département doit répondre à des besoins très concrets : routes, rail, aéroports, aménagement du territoire, réseaux électriques. Mais je vous concède que ma vie serait plus facile si je ne faisais rien.

Vous bataillez pour lancer des projets que d'autres inaugureront un jour à votre place. Frustrant ?

Bien sûr, c'est toujours agréable d'inaugurer des infrastructures. Mais c'est précisément important de ne pas perdre de vue que ce que nous décidons aujourd'hui deviendra réalité dans 15 ou 20 ans. Le réseau de routes nationales a été conçu dans les années 60, il faut maintenant lancer de nouveaux travaux pour l'améliorer et le compléter. Comme nos parents avant nous, notre génération doit faire un pas pour assurer la stabilité à nos enfants. Mon job, aujourd'hui, c'est de me battre pour trouver des solutions durables.

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