Conférence sur l'Ukraine à Lugano: interviews

«La Suisse fait un pas très important à Lugano»

Le Temps, (04.07.2022)
Interview: Philippe Boeglin

Madame la conseillère fédérale, vous venez de signer un accord sur le climat avec votre homologue, le ministre de l’Environnement ukrainien. Que contient ce traité et quels projets concrets vise-t-il?

Cet accord encourage des projets que l’Ukraine n’aurait pas réalisé autrement, et qui sont financés par le secteur privé suisse ou par le train de mesures sur le climat du Conseil fédéral. Notre partenaire Kiev va proposer des projets, et on les évaluera ensemble. Un des axes pourrait être l’agriculture durable, et par exemple la substitution des engrais chimiques par des fertilisants biologiques. J’ai constaté que Kiev est très motivé. L’accord peut aider à faire plus pour une Ukraine durable, au-delà de ce que le pays pourrait faire lui-même et avec la coopération internationale. La prochaine rencontre entre les experts aura lieu en septembre déjà pour discuter de la suite des opérations et viser un effet positif pour le pays.

Y a-t-il déjà une enveloppe ou un budget fixé, une somme maximale que la Confédération souhaite engager?

La fondation Klik coordonne les travaux, identifie les projets et rédige les contrats. Il n’y a pas d’enveloppe financière fixe. Comme déjà dit, les fonds viendront en principe d’entreprises privées suisses, et serviront à monter des projets de réduction des émissions de CO2.

Peut-on imaginer à l’avenir des panneaux solaires fabriqués en Ukraine et utilisés en Suisse, pour diminuer notre dépendance vis-à-vis de la Chine?

Je ne peux pas le dire car c’est l’Ukraine qui décide. En outre, l’accord signé aujourd’hui ne porte pas sur les panneaux photovoltaïques. Cela dit, l’Ukraine était déjà à la pointe avant la guerre en matière d’énergie solaire. De nombreux panneaux ont été détruits par les combats armés, et il faut à présent songer au recyclage de ces panneaux ou à une façon de les réutiliser. Le ministre de l’Environnement a rappelé que la guerre faisait énormément de mal à la population, bien sûr, mais aussi à l’environnement.

Des critiques ont été exprimées en amont de cette conférence, en raison du peu de «grands noms» parmi les dirigeants étrangers. Regrettez-vous d’être venue?

Pas du tout. En organisant cette conférence, la Suisse fait un pas très important. La reconstruction nécessitera plusieurs années. La guerre de l’agresseur russe n’est pas terminée, ne l’oublions pas, il ne faut donc pas perdre de temps. Par cette rencontre à Lugano, nous pouvons donner une perspective aux réfugiés et aux Ukrainiens restés dans leur pays. D’autres conférences suivront, mais discuter des principes est capital et la Suisse apporte ici une réelle plus-value.

Les décisions prises à Lugano seront-elles «durables», alors que pratiquement aucun chef d’Etat n’est présent?

Rappelons-le: le président et les ministres ukrainiens sont toujours en train de se battre et de protéger leur population. La délégation ukrainienne nous a présenté aujourd’hui son plan de reconstruction. Il était très important d’en prendre connaissance, d’en discuter et d’échanger. Ici à Lugano, la Suisse a pu mettre en place une bonne base pour la reconstruction. Celle-ci sera réalisée par des entreprises et des milliers de gens, pas explicitement par les grands noms.

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