Financement et aménagement de l'infrastructure ferroviaire (FAIF): «Le sort du rail romand en dépend»

La Liberté, le 30 janvier 2014

Comment êtes-vous venue au travail, ce matin?

De chez moi, en Argovie, je dois venir en voiture. Nous n'avons pas de gare à Merenschwand. Dans ces conditions, je loue un appartement à Berne pour ne pas avoir à penduler tous les jours.

Pour financer le fonds ferroviaire, il est prévu notamment de limiter les déductions pour pendulaires à 3000 francs dans le cadre de l'impôt fédéral direct. N'est-ce pas un coup porté aux régions périphériques, dont la vôtre?

C'était aussi notre perception au départ. Mais, avec les cantons et sur la base des chiffres de l'Office fédéral de la statistique, nous avons fait des analyses qui démontrent plutôt le contraire, étonnamment. Aux Grisons ou au Tessin, la distance moyenne pour se rendre au travail est inférieure à la moyenne nationale ou à celle des cantons du Plateau. Elle se situe sous les 25 à 35 km à partir desquels la limitation de la déduction commencerait à avoir des effets. Ce sont vraiment les pendulaires qui font de longues distances et qui ont un salaire assez élevé, soit environ 20% des contribuables, qui seraient touchés.

En même temps, un trajet de 25 à 35 km calculé sur la base d'un aller-retour, c'est presque la porte à côté...

Les analyses montrent que, pour une grande partie des gens concernés, l'effet sur la déduction serait minimal. Vous avez aussi des pendulaires qui déduisent jusqu'à 70'000 francs! Cela pose la question de l'équité. Est-ce correct?

Les opposants reprochent au FAIF de pérenniser les apports financiers de la route au rail. Est-ce le cas?

Le principe, voulu par le peuple, est déjà inscrit dans la Constitution. On ne change rien à cela. Prenez la taxe sur les huiles minérales: le produit de cet impôt est temporaire. Il est lié au remboursement des dettes du Fonds pour les transports publics qui finance les grands projets ferroviaires comme les transversales alpines. Après le remboursement des avances, ces ressources n'alimenteront plus le rail, mais reviendront à la route.

Vous devez défendre une première étape à 6,4 milliards de francs, alors que le Conseil fédéral proposait initialement 3,5 milliards. Cette grosse rallonge voulue par le parlement vous a finalement convaincue?

Le Conseil fédéral avait la même liste de projets ferroviaires, mais certains ne devaient être réalisés qu'à partir de 2025. Avec la formule actuelle, on accélère la réalisation. La différence est à relativiser: elle est de 3 milliards, mais sur une durée de dix ans, soit 300 millions de francs par an.

Selon l'ancien patron des CFF Benedikt Weibel, les coûts d'entretien et de fonctionnement générés par les nouveaux projets ne sont pas pris en compte...

Ce n'est pas exact. L'entretien du réseau existant pose des problèmes, hérités notamment du temps où M. Weibel était directeur! Selon les analyses, il manque au moins 500 millions de francs pour cela. Le financement proposé aujourd'hui consacre 60% à l'entretien - y compris celui des extensions prévues - et seulement 24% pour l'extension du réseau. La priorité est clairement donnée aux travaux de maintenance. Tant l'usager que le contribuable y gagneront en sécurité.

On nous dit souvent que la Suisse a les meilleurs trains du monde, mais ils sont saturés et il y a des retards dans l'entretien. Quel est l'état réel du réseau?

Il est bon. Avec toutes les prestations fournies, la situation est confortable. Mais le réseau atteint ses limites : les trains s'y succèdent à une cadence toujours plus élevée et les rames à deux étages font supporter beaucoup plus de poids à la voie ferrée, sur laquelle de petites fissures peuvent apparaître. Il est donc aujourd'hui nécessaire d'investir dans l'entretien pour assurer la sécurité et le respect des horaires.

Ces 6,4 milliards, c'est le prix à payer pour la paix des régions en matière de travaux ferroviaires?

Cette fois, les besoins les plus importants ont été identifiés en Suisse romande. Ce n'est pas contesté. D'autres régions devront attendre une dizaine d'années avant de pouvoir profiter à leur tour. C'est long et parfois difficile à expliquer. Ces 6,4 milliards traduisent en fait l'urgence à investir, telle que définie par les experts.

En cas de non le 9 février, les projets romands passeraient-ils après ceux de la région zurichoise prévus lors de la 2e étape?

Si le FAIF devait échouer, la question serait plutôt de savoir si l'on peut encore réaliser quelque chose. Hormis la maintenance, il manquerait le financement pour la majorité des autres travaux. On continuerait avec le fonds existant, mais les projets romands n'y figurent pas. Et dire cela, ce n'est pas faire du chantage, c'est appliquer les lois!

Concrètement, quelles conséquences pour la gare de Lausanne?

Elle est très importante pour les liaisons vers Genève, Berne, le Valais, Paris et la ligne du pied du Jura. Elle l'est aussi pour le dynamisme de toute une région. Là aussi, le financement est lié à l'adoption de FAIF.

En novembre, le refus de la vignette à 100 francs a surpris par son ampleur (60,5% des votants). Avez-vous digéré ce désaveu?

Si on compare avec le FAIF, le projet était moins important. Ici, un échec me ferait très mal. Concernant la vignette, l'augmentation de 150% du prix a certainement joué un rôle. C'est la démocratie et je l'accepte. Mais il faut aussi accepter que, faute de financement, des projets; ne puissent pas être réalisés.

Le fonds routier (Forta) devait être mis en consultation avant la fin 2013. Or, on ne voit rien venir. Pourquoi?

Après le non à la vignette, on a dû adapter le projet. On est maintenant prêt à le présenter au Conseil fédéral, en février. Mais il faut le dire : un oui au FAIF faciliterait certainement le démarrage du fonds routier!

Ce retard est-il aussi lié à l'initiative «vache à lait», qui sera déposée début mars?

Cette initiative s'en prend au versement de 50% de la taxe sur les huiles minérales à la caisse générale de la Confédération, lequel a été voulu par le peuple. Si l'initiative aboutit, son traitement sera du ressort du Département des finances, pas du mien.

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