«Nous avons besoin d’une politique climatique pour la population et pour l’économie»

À l’occasion de la journée de l’environnement du 5 juin, la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga ainsi que le président allemand Frank-Walter Steinmeier et le président autrichien Alexander Van der Bellen ont lancé un appel à investir dans des technologies respectueuses de l’environnement. Une politique climatique forte est en mesure de créer de la croissance et des emplois d’avenir. L’article invité a été rédigé à la demande de la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga et a été publié dans les journaux Tages-Anzeiger, 24 heures, Tribune de Genève, Frankfurter Allgemeine Zeitung et Standard.

 

Nous sommes en mode de crise depuis des semaines. Que ce soit au sein de la population, dans les médias ou en politique, la crise du coronavirus est omniprésente. Mais la vie ne s’est pas arrêtée et elle continuera après la crise. Nous devons réfléchir à ce qui se passe aujourd’hui et à ce qui se passera demain.

En Europe, notre vie quotidienne est depuis longtemps marquée par des étés extrêmement chauds, des inondations et des sécheresses. Ces phénomènes météorologiques extrêmes sont liés au changement climatique. Il fait toujours plus chaud sur notre planète. Parallèlement, de plus en plus d’espèces animales et végétales s’éteignent, souvent sans que nous nous en rendions compte.

La crise du coronavirus a éclipsé cette évolution de la conscience collective. Force est de constater que le mouvement de lutte contre le réchauffement climatique a littéralement disparu de la scène publique : les places envahies il y a quelques mois par plusieurs dizaines de milliers de manifestants réclamant une politique climatique efficace étaient désertes ces dernières semaines. Mais la crise climatique n’a pas disparu pour autant. Et il n’y aura pas de vaccin contre ce phénomène. Devoir reporter la Conférence mondiale sur le climat en raison de la pandémie de coronavirus ne signifie pas qu’il est possible de remettre à plus tard la politique climatique.

La protection du climat et de la nature doit à nouveau figurer parmi les priorités de nos agendas. Pas uniquement parce que nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale de l’environnement. Mais parce que notre vie et celle des générations futures dépendront largement des mesures que nous prenons aujourd’hui. La stratégie de lutte contre le coronavirus qui consiste à « aplatir la courbe » s’applique également à la politique climatique : nous devons réduire les émissions de gaz à effet de serre qui nuisent au climat.

 

Un nouveau départ pour l’économie et des emplois d’avenir

La crise du coronavirus laissera des traces profondes dans l’économie. Les emplois et les revenus de nombreuses personnes sont en jeu. Il est donc normal que les États sauvent des centaines de milliers d’emplois en injectant beaucoup d’argent dans l’économie. Nous ne pouvons cependant pas continuer ainsi ni conserver nos vieilles habitudes. Nous avons besoin d’un nouveau départ pour notre économie et d’innovations systématiquement axées sur le développement durable.

Des emplois sûrs et une politique climatique forte ne sont pas contradictoires, bien au contraire. Une économie saine qui se détourne du charbon, du pétrole, du gaz et des montagnes de déchets est en mesure de créer de la croissance et des emplois d’avenir. Nous ne devrions donc pas investir dans le passé, mais dans de nouvelles technologies respectueuses de l’environnement, dans une électricité propre et abordable produite à partir d’énergies renouvelables et dans des secteurs qui font du neuf avec de l’ancien. 

Une vie quotidienne respectueuse du climat

De nombreux efforts sont entrepris au niveau international pour réduire les émissions de gaz à effet de serre qui nuisent au climat. L’Accord de Paris prévoit une réduction notable des émissions d’ici à 2030, et l’Union européenne a adopté un « Green Deal » ambitieux. D’ici à 2050, nous devrions avoir réussi à abandonner les énergies fossiles. Partout, les gouvernements et les parlements sont appelés à poser les bons jalons.

Nous n’atteindrons nos objectifs qu’à condition d’élaborer la politique climatique en collaboration avec la population. Pour ce faire, il nous faudra créer les conditions permettant à tout un chacun, quel que soit son revenu, de vivre en préservant le climat. Nous aurons également besoin d’infrastructures garantissant une vie quotidienne respectueuse du climat. Nous devons investir dans la mobilité propre, dans des stations de recharge pour les véhicules électriques, dans de meilleures liaisons ferroviaires, dans des réseaux de chauffage à distance et dans des maisons et des immeubles basse consommation d’énergie. De cette manière, nous pourrons tous protéger le climat. Par la même occasion, nous ménageons le porte-monnaie des citoyens : les personnes qui vivent dans une habitation bien isolée dépensent moins d’argent pour le chauffage.

Pour créer ce nouveau quotidien respectueux du climat, nous pouvons également tirer des enseignements de la crise du coronavirus. Les dernières semaines ont montré qu’il est tout à fait possible de collaborer malgré l’éloignement géographique. La vidéoconférence et le travail à domicile peuvent donc être des instruments utiles pour soulager le trafic et réduire les émissions de gaz à effet de serre. 

La solidarité entre les générations

En Allemagne, en Autriche et en Suisse, ainsi que dans de nombreuses autres sociétés en Europe et dans le monde, la population a fait d’énormes efforts pour lutter contre le coronavirus tout en payant un lourd tribut à la pandémie. Ce sont notamment les jeunes qui ont fait preuve de solidarité pour protéger les personnes plus âgées. En matière de politique climatique, l’inverse est désormais de mise : les personnes plus âgées doivent faire preuve de solidarité avec les jeunes en leur laissant une planète où il vaut la peine de vivre. Car ce sont avant tout nos enfants et petits-enfants qui auront à subir les conséquences si nous n’agissons pas maintenant pour protéger le climat et si nous ne redoublons pas d’efforts dans ce domaine.

Des mesures de confinement ne nous permettront pas de venir à bout de la crise climatique. Une politique climatique réussie exige de la persévérance. Il s’écoule parfois des décennies entre les mesures prises et leurs effets sur le climat. Mais une politique climatique intelligente aura rapidement un impact positif sur les emplois et la croissance, de même que sur la vie quotidienne de tout un chacun. Nous avons donc toutes les raisons d’aller de l’avant en matière de protection du climat. Avec l’aide de la population et de l’économie, nous pouvons maintenant façonner notre avenir. Ne perdons plus de temps !

 
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