Initiative pour un fonds climat: «La Suisse seule ne peut pas influencer le climat mondial»
Le 8 mars, le peuple votera sur l’initiative des Vert·e·s et du PS qui demande la création d’un fonds pour faire face à la crise climatique. Le Conseil fédéral s’y oppose. Albert Rösti explique que le pays a déjà les outils nécessaires.
Le Temps, 31.01.2026
Interview: Fanny Scuderi et Yan Pauchard
Investir chaque année entre 0,5 et 1% du PIB et soustraire ces investissements au frein à l’endettement: voilà ce que demande à la Confédération l’initiative pour un fonds climat. Le Conseil fédéral s’y oppose et le ministre de l’Environnement, Albert Rösti, en explique les raisons.
Contrairement à l’initiative sur la SSR, le fonds climat n’a pas bénéficié d’un contre-projet. Cela signifie-t-il que la Confédération en fait déjà assez pour la protection du climat?
Absolument, le Conseil fédéral s’oppose à l’initiative sans contre-projet, car il estime que la Confédération mène déjà une politique climatique efficace et équilibrée pour la décarbonation et la protection du climat. La Suisse seule ne peut pas influencer le climat mondial: tous les pays doivent s’engager. Les grands émetteurs, comme l’Inde, la Chine ou les Etats-Unis, ont aussi une responsabilité particulière.
L’inaction des Etats étrangers justifie-t-elle que la Suisse n’en fasse pas plus?
Nous agissons. Quatre nouvelles lois ont été mises en œuvre rapidement depuis le 1er janvier 2025: la loi sur le climat et l’innovation, la loi révisée sur le CO2 jusqu’en 2030, la loi sur l’approvisionnement énergétique à partir d’énergies renouvelables et celle sur la protection de l’environnement visant le renforcement de l’économie circulaire. La Confédération engage 3,4 milliards par an pour le climat, l’environnement et la biodiversité, financement international pour le climat inclus. C’est pour cela que le Conseil fédéral n’a pas fait de contre-projet.
Est-ce que vous pouvez assurer que, sans le fonds climat, la Suisse pourra atteindre ses objectifs 2030 et 2050?
Il est impossible de garantir l’atteinte d’objectifs fixés à vingt ou vingt-cinq ans. Cela dépend de nombreux facteurs. Par exemple, est-ce que le contexte économique de l’Europe et de la Suisse permettra d’investir fortement dans le climat? Si tel est le cas, je suis convaincu que les mesures actuelles vont dans la bonne direction. Le défi reste important et nécessite aussi une réelle volonté de la part de l’économie. Ce qui est certain, c’est que nous n’irons pas plus vite simplement en versant des milliards de subventions supplémentaires.
Ne faut-il pas justement davantage d’incitations?
Miser sur un mix de mesures ciblées pour réduire les émissions CO2, comme les incitations, les subventions et les prescriptions, est plus efficace que de verser uniquement des subventions. Ces dernières peuvent entraîner des effets d’aubaine. Par exemple, dans le domaine du bâtiment, certains propriétaires remplacent leur chauffage à mazout seulement en fin de vie; la subvention est alors perçue sans effet réel, puisque le remplacement aurait eu lieu de toute façon. Cela dit, mon département travaille déjà à la prochaine étape, avec la nouvelle mouture de la loi sur le CO2 pour la période 2030-2040. Le DETEC entend proposer au Conseil fédéral et au parlement de mettre davantage de moyens à disposition.
Y a-t-il encore de la place pour la protection de l’environnement dans le budget de la Confédération, alors que des coupes sont prévues et que les initiants estiment que l’urgence climatique justifierait une sortie du frein à l’endettement?
Oui, la mise en œuvre du plan d’allègement budgétaire prévoit tout de même plus de 2 milliards de francs en faveur de la protection du climat, ce qui est raisonnable. Dans le même temps, l’Etat doit préserver sur le long terme sa marge de manœuvre afin de pouvoir réagir aux crises. La crise du Covid-19 l’a montré: grâce à des finances saines, la Suisse a pu débloquer 30 milliards, limiter le chômage et préserver son économie. Si nous renonçons au frein à l’endettement, nous perdrons cette capacité d’action, y compris pour faire face au changement climatique. C’est pourquoi le frein à l’endettement doit être respecté pour des dépenses planifiées à long terme, comme la protection de l’environnement.
Dans une réponse du Conseil fédéral à une interpellation, on lit que les coûts du changement climatique pourraient atteindre 4% du PIB dans les prochaines années. Investir maintenant ne coûterait-il pas moins cher que d’agir plus tard?
Ce chiffre se fonde sur une étude scientifique de 2021 qui n’est plus d’actualité. Elle repose sur un scénario pessimiste, prévoyant une hausse de la température de 4 degrés d’ici à 2050. Aujourd’hui, d’autres études tablent sur une augmentation moins élevée des températures et donc des coûts induits moins élevés. Nous avons le devoir de suivre la trajectoire vers le zéro net d’ici à 2050, puisque cela découle d’une votation populaire, et je suis convaincu que nous pouvons y parvenir. En revanche, un fonds climat représenterait une charge supplémentaire pour l’économie et pour les consommateurs.
Les initiants affirment que le fonds climat n’engendrerait ni hausse d’impôt ni nouvelle taxe. Vous n’y croyez pas?
Ils proposent de financer le fonds climat par des dettes. Or, elles devront bien être remboursées par quelqu’un. Cela revient à faire de la politique sur le dos des jeunes.
Depuis que vous êtes ministre de l’Environnement, avez-vous modifié certaines de vos pratiques personnelles pour qu’elles soient plus écologiques?
Je dois être honnête: pas vraiment. Comme conseiller fédéral, j’ai un chauffeur. Pour mes déplacements privés, j’achète une voiture électrique. Je fais aussi attention au gaspillage alimentaire et à éteindre la lumière en quittant une pièce.